Table Of ContentSynopsis :
Normalement, les ogres sont des monstres laids et cruels, à
peine capables de parler. Mais Sbam est à moitié humain et on
peut lui confier certaines missions d’importance. Le Bon
Magicien a donc chargé Sbam de ramener la jolie Tandy à la
maison.
Pauvre Tandy ! Menacée par un démon lubrique, elle s’est
enfuie sur une cavale de la nuit, une de ces bêtes qui vont
porter les cauchemars aux gens, et maintenant son âme est
prisonnière des mauvais rêves.
Pour récupérer l’âme de Tandy, Sbam affrontera de
redoutables épreuves dans les Régions Élémentaires de Xanth,
et surtout le Néant d’où nul n’est jamais revenu. Le comble,
c’est qu’il se retrouve amoureux, et même intelligent ! Sale
temps pour Sbam !
L’auteur :
Piers Anthony, né en 1934, a débuté au temps de la New
Wave, dont il a gardé le goût de l’humour et la passion de
l’écologie : il rêve le cosmos non pour le construire mais pour
le protéger. Toutes les entités qui hantent son œuvre se
donnent rendez-vous dans le joyeux cycle de Xanth, où,
cultivant une forme totalement inattendue de light fantasy, il
trouve à sa façon la source de toute magie.
Du même auteur, chez le même éditeur :
Xanth:
1. Lunes pour Caméléon
2. La Source de magie
3. Château-Roogna
4. L’(A)ile du centaure
5. Amours, délices et ogres
www.milady.fr
Piers Anthony
Amours, délices et ogres
Xanth-5
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Dominique Haas
Milady
Milady est un label des éditions Bragelonne
Titre original : Ogre, Ogre Copyright © 1982 by Piers Anthony
© Bragelonne 2009, pour la présente traduction.
Illustration de couverture : Julien Delval
ISBN : 978-2-8112-0167-8
Bragelonne – Milady
35, rue de la Bienfaisance – 75008 Paris
E-mail : [email protected] Site Internet : http://www.milady.fr
Pour Cheryl, ma fille,
qui n’est pas si terrible, au fond,
quand elle se met en pétard.
1
CLÉ DES CHAMPS/SONGES
Tandy n’arrivait pas à dormir. Elle était seule, cette nuit, et
elle avait peur que le démon saute sur l’occasion pour entrer
dans sa chambre.
Son père, Crombie-le-soldat, était un dur à cuire. Les
démons, il n’en avait cure. Mais il n’était presque jamais là. Il
montait la garde à Château-Roogna, le palais royal. C’était la
fête quand il venait en permission, mais ça n’arrivait pas
souvent. Cet ennemi juré de la gent féminine avait épousé une
nymphe et il aurait vu d’un très mauvais œil l’intrusion chez lui
d’un autre mâle, quel qu’il fut. Pour lui, Tandy était encore une
enfant. S’il avait su qu’un démon l’importunait, il aurait
aussitôt porté la main à son épée. Seulement, il n’était pas là…
Bijou, sa mère, était partie au loin, incruster des saphirs
orange dans une strate affleurante. Elle avait pris le creusot-
loir, qui traversait la roche sans y forer de galeries. Elle ne
serait pas de retour avant minuit, donc dans plusieurs heures.
Et Tandy avait peur.
À force de se tourner et de se retourner, elle s’était
entortillée dans son drap à rayures berlingot. Elle avait beau
fourrer sa tête sous son oreiller rose, elle avait toujours aussi
peur du démon, un esprit malin appelé Diabolo qui se
dématérialisait à volonté – c’est-à-dire qu’il pouvait traverser
les murs.
Plus Tandy y réfléchissait et moins elle se sentait en sécurité
dans sa chambre. Elle craignait que le démon profite de ce que
les murs n’avaient pas d’oreilles pour entrer chez elle sans se
faire repérer. Elle se retourna pour la énième fois, s’assit et
regarda autour d’elle. Pas de démon.
Elle avait rencontré ce satané Diabolo quelques semaines
plus tôt, par hasard. Elle jouait avec des rubis bleus géants
dont sa mère ne voulait pas – les rubis devaient être rouges –
quand l’un d’eux avait roulé le long d’un boyau, près de son
repaire. Elle était tombée au beau milieu d’une partie fine, y
mettant fin sans le vouloir. Elle avait d’abord eu peur que le
démon la prenne à partie, mais il avait fait pis encore : il s’était
contenté de la regarder par en dessous. Depuis, il lui
apparaissait avec une fréquence inquiétante, en la regardant
toujours comme s’il avait une idée démoniaque derrière la tête.
Elle n’était pas assez naïve pour se demander ce qu’il lui
voulait. Une nymphe aurait été flattée, mais Tandy était
humaine. Elle ne se voyait pas devenir l’amante de ce Diabolo.
Elle se leva et se dirigea vers le miroir de sa chambre. La
lanterne magique s’alluma à son approche et elle se regarda
dans la glace. Elle avait dix-neuf ans, mais elle faisait vraiment
gamine avec sa chemise de nuit et ses pantoufles, ses cheveux
bruns tout emmêlés à force de faire des galipettes dans son lit,
et ses yeux bleus au regard inquiet. Elle aurait voulu
ressembler davantage à sa mère, mais évidemment aucune
humaine ne pouvait rivaliser avec ses traits et son corps de
sylphide. Les nymphes n’avaient qu’une raison d’être : attirer
les hommes comme Crombie, pour qui les femelles servaient à
une seule chose. Les nymphes étaient très douées pour ça. Les
humaines pouvaient y arriver aussi, mais c’était laborieux. Le
problème, c’est qu’elles attachaient à Ça beaucoup plus
d’importance que les nymphes et qu’elles avaient du mal à
s’abandonner. Elles étaient inhibées par leur conscience.
Elle se regarda d’un œil plus critique, se coiffa avec ses
doigts, rajusta sa chemise de nuit et se redressa. Elle n’était
plus une petite fille, quoi que son père en pensât. Et pourtant,
elle n’était pas spécialement voluptueuse non plus. Elle devait
à son hérédité humaine d’avoir quelque chose dans la tête, et
une âme par-dessus le marché, mais elle le payait par un
certain manque de sensualité. Elle décida qu’elle était assez
mignonne, avec son petit nez impertinent et ses lèvres pleines,
seulement voilà… Elle n’arrivait pas à la cheville d’une
nymphe.
Ce maudit Diabolo avait pourtant l’air de la trouver à son
goût. Soit il ne s’était pas rendu compte que sa composante
humaine ne faisait pas d’elle une bonne affaire, soit il avait
envie de s’encanailler et cherchait un dérivatif aux ténébreuses
démones capables de se changer en n’importe quoi, y compris
en animal. On disait qu’il leur arrivait de le faire pendant l’acte
de chair. Mais une jeune fille ne devait pas penser à ce genre
de chose. Tandy n’avait pas le pouvoir de se métamorphoser, ni
au lit ni en dehors, et elle n’avait pas envie d’être possédée du
démon. Si seulement elle pouvait lui faire entendre raison !
Allons, autant essayer de nouveau de dormir. À quoi bon se
tracasser, de toute façon ? Si le démon avait envie de venir,
elle n’avait aucun moyen de l’en empêcher.
Elle regagna son lit en désordre, ferma les yeux et resta
parfaitement immobile en espérant que son corps abusé finirait
par se laisser emporter par le sommeil… en vain.
Elle n’aurait su dire depuis combien de temps elle broyait du
noir lorsqu’elle vit entre ses cils le mur du fond bouger, comme
agité par des vagues. Ce démon était donc venu…
En l’espace d’un instant, il se concrétisa dans la pièce.
C’était un grand diable, à la fois musclé et adipeux. Il avait de
petites cornes et une courte barbe de gerbouc. Ses pattes de
derrière se terminaient par des sabots fourchus et son
postérieur s’ornait (?) d’une queue terminée en pointe de
flèche. Il aurait pu adopter n’importe quel aspect, l’aura
ténébreuse qui l’entourait eût trahi sa nature démoniaque. Ses
yeux faisaient penser à des lentilles de quartz fumé abritant la
lueur rouge, terne, d’un lac de lave en ébullition qui
s’embrasait quand son attention était éveillée. Il n’était pas
vilain selon les critères démoniaques, et plus d’une nymphe