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CLAUDE PARENT
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I
Rééditionenfac-similéréduitdel’ouvrageparuen1970.
©Jean-MichelPlaceéditions,2004
3,rueLhomond75005Paris
ISBN2858938059 jki\ïïj//\cke\ft\‘c\cz/architecture/archives
www.jeanmichelplace.com
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L'hypothèse de la «Fonction oblique» préconisant la fixation de la vie
des hommessur les plans inclinés,fut énoncée en 1964 par Claude PARENT et
.
Paul VIRILIO Les textes qui vont suivre en présentent l'explication, tendent à
parvenir à une globalisation des solutions de concentration urbaine et illustrent
par certains exemples concrets les possibilités illimitées de cette nouvelle prise
de possession de l’espace.
Encore faut-il se prémunir contre une tendance naturelle à la nouveauté,
car lorsque l'on connait les «principes» essentiels de la fonction oblique, on
s’aperçoit que cette proposition a préexisté dans le passé à des époques très
éloignées dans le temps, très différentes dans l'option morale ou économique,
et qu’elle a donné naissance à des formulations concrètes dont l’archéologie
nous porte témoignage irrécusable. Depuis la Turquie du septième millénaire
avant Jésus-Christ jusqu’aux villages actuels du Sud Algérien, un passé de la
fonction oblique existe. Ce passé a eu ou conserve sa vérité, sa réalité sociolo-
gique.C'està ce titre qu’il est permis de «découvrir», d’imaginer dans le passé,
cette «archéologie du futur», aussi bien qu'il est possible dans le- -présent de
détecterles«germes» en pensée ou en acte d’une futurologie,c'estàdire d’une
sciencede la découverte de l’avenir de l'humanité, dans la mesure où cet avenir
n'est ni imposé, ni subi par les deux parties contractantes: la population, les
créateurs-inventeursmaisintégréde par l’imagination desunsà l.'usagede l'autre.
ON DOIT LIRE LE PASSÉ COMME UN FUTUR A DÉCOUVRIR
(
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Au même titre que cette archéologie du futur,il pourrait prêter à sourire-
qu’il existât en Belgique l’association des «archives»» de l’architecture contem
poraine, s’il n’était pas tenu pour certain que ces archives sont non seulement
uninstrumentdeconnaissanceetdemémoireduprésent maisunoutils.urlequel
peut s’appuyer l'acte de création dans la trajectoire la plus prospective
Danscecontexteglobaloùfutur,présentetpassé,aulieud’êtrecloisonnés,
compartimentés, je dirais même opposés et ennemis, font partie d’un tout, sont
intimement liés sous le prétexte de la permanence de l'action créatrice il es-t
très difficile d’aborder le problème de LA FONCTION OBLIQUE COMME HYPO
THÈSE DE CONCENTRATION. URBAINE, car cette proposition interfère à tous
les niveaux del’acte de bâtir
Physiologie, psychologie, action sur le psychisme, économie, politique,
sociologie, réagissent violemment à cette intrusion d'un «ORDRE SPATIAL»
nouveau. Il demeure inconcevable, six ans après, la première présentation de.
cette théorie, d’en mesurer les conséquences, d'en déterminer les implications
Jtprelèinsmeeé,ljébemamseenertaaciiordeno,tnrtacrièntsodurqatuidoà'taidebimoernpdnrued.natnePsrarclelaentcttehedémutuindfueetmusreu,nrjteudnmeeelaanfaololrygcseiqeruaveio,àlonneutnaleairiesdmsiasencnitt,-
sans contrainte, mon imagination qu’au détour d’une page, ou de ma propre
surprise.Riennevaut en futurologie d'asseoir sa conviction sur le deux.plus deux
égale quatre, pour découvrir ébloui, malgré soi, que quatre égale cinq
Parmi les cent entrées, les mille clés de la fonction oblique, je choisira.i
donc pour commencer d'analyser la notion d’.ESPACE INVESTI OU PRIVATIF
Le schéma classique est simple et élémentaire
Lorsqu'un homme décida puis imagina de réaliser, de «construire» un
espace privatif, que ce soit sous l’impulsion de la protection, sous .la nécessité
ld’aennlaexisoinngdu’luanritéespoaucesopurésextoisutatntau(gtrreottpeu,lsciaovne,rniel,éedtci.f)ialal’EmNisCeLOeSn pPlalcues dq'uune
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enclos même si le fait d'être sans toiture ne permet pas de le ranger dans la
catégoriehabitation,constitue vis-à-vis du sol la première manifestation volontaire
dans le domaine de l'acte de bâtir. Créer un enclos implique la détermination
.
d'un obstacle au parcours Le tracé de la circulation directe tirant une ligne
.
droite de A à B est perturbé par l’interposition de l’enclos C L’espace privatif C
.
1doit être contourné pour se rendre de A en B L'agglomération des individus
en espaces privatifs faite dans la forme du village, du bourg (en survolant rapi-
dementles étapes) circonscrit le parcours anciennement libre de A en B,l'inscrit
.
dans les zones interstitielles de ces espaces enclos
. .
La«CIRCULATION»estnée Elle est DISSOCIÉE de«l’habitation» Ily a
divorce entre les espaces privatifs destinés à l'habitation et les espaces commu-
nautairesd’accèsd'unespaceprivatifà unautre,ou detraverséedel’assemblage
de ces espaces.
.
L’èremodernedelarépartitiondesespacesestcommencée Lavilleactuelle
.
n’en est que l’aboutissement sclérosé Aucune invention relevant de la structure
de l’espace n’a été révélée dans ce domaine du rassemblement des hommes
.
dansdeslieuxdeprédilectiondepuis desmillénaires Nousvivonsdepuistoujours
.
sur le même schéma élémentaire Dissociation des deux fonctions de base de la
.
dynamiqueurbaine:circulerethabiter Rassemblement HORIZONTALdesespaces
habitables suivant le mode de la juxtaposition.
Le fonctionnement de cette structure ne peut être mis en cause que par
.
des textes historiques précis ou par une expérience vécue Notre présent avec
sesgrands ensembles aussi bien que notre passé par des références à la Grande
Rome des «insulae» ces boîtes à loyer concentrationnaires de neuf étages,nous
font comprendre que si l’agglomération en tissu horizontal basée sur la disso-
ciation habitation-circulation (analysée bien entendu du point de vue de la
structure de l’espace), fonctionne parfaitement pour un bourg ou un village;
iln’enestplusdemême enutilisant cette même structure au-delà d’une certaine
.
dimensionquicorrespondà unecertaine démographie En fonction des conditions
nouvelles qui relèvent du niveau de l’organisation du territoire, l'analyse de la
sociologie révèle bien le surdimensionnement des cités, en même temps que
le caractère anarchique de leur croissance.
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T
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Il est presque inutile de citer le cas de Paris qui passe en quelques
années de 4 millions à 16 millions d’habitants car un tel résultat est plus une
caricature qu'un argument. Mais on ne peut taire que les villes de la province
française doublent de volume en 10 ans, que des pays comme la Yougoslavie,
l'Algérie voient se concentrer toute leur population active dans les villes, sans
pouvoirs'opposerà ce razde marée qui est en opposition avec la volonté de leurs
.
dirigeants (L’Algérie alertée par ce problème dramatique se préoccupe de fixer,
par des activités valables et par des structures d’accueil qualitativement rece-
vables, ia population sur des territoires éloignés des grandes villes.) Tout ce
désordre vient en termes d'espace du fait que la structure horizontale urbaine
-
à dissociation habitationcirculation n'est pas en mesure de répondre à l'appel
d'une grande dimension. Faite pour vivre au-dessous de cent mille habitants,
elle a cédé à la facilité de l'extrapolation, rendant impraticable la circulation et
inacceptables les circonstances de l'habitation. La complexité de la circulation
très connue déjà au XVII*siècle, n'a fait qu'augmenter avec l’afflux de la popu-
lation des campagnes et l’accroissement démographique. Ces causes, peut-être
provisoires, ont mis en évidence l'impossibilité où sont cesstructures d'assumer
la prise en charge de la population au-delà de certaines limites. L'arrivée de
l'automobile comme moyen de communication accéléré, face au problème de
tempsde parcoursposé parlesurdimensionnementdescités, n'afait qu'accroître
sans les aplanir les difficultés du problème posé en le faisant passer dans
.
l'abstraction Dans une ville ancienne on considérait que la distance à parcourir
était proportionnellement liée au temps de parcours. Alors que l'automobile a
permis de dissocier encore ces deux éléments qui étaient jusqu'alors intégrés:
l’urbanisme moderne illogique et inhumain est né dans la mesure où on accepte
qu'une distance double puisse se parcourir en deux fois moins de temps donc
que la plus courte distance d'un point à un autre ne soit plus la ligne droite
mais l'arc de cer.cle, le contour. Cette doctrine panacée des urbanistes devant
. laquelle même M HAUSSMANN avait reculé, ENTÉRINAIT et donnait la caution
théoriquedes «penseurs» à la ville à deux dimensions, la prolongeait par artifice
* 3o ViAunujÜ . dans s.a sclérose, alors qu'elle était devenue définitivement incapable de fonc-
A tionner
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L’action-réaction de la structure de la ville et de l’automobile est quand
on en suitl’évolution d’une bouffonnerie sans nom; on ne peut mieuxl’illustrer
n a n a n queparlaphrase de LeCorbusier quisentantl’inévitable,annonce à des respon-
sables: Messieurs que vous le vouliez ou non les automobiles entreront dans
I D Û a a Q la ville. Et de préparer, quel quiproquo, leurs structures d’accueil depuis les
u a autoroutesurbaines,jusqu’aux parquagesgéan.ts;là aussi entérinant le soi-disant
Q U O inévitable au lieu de réinventer les structures Il faut parler de Le Corbusier car
o a o son nom est étroitement associé à une des erreurs capitales commises au nom
Q Q du progrès et de l’évolution dans la structure de nos villes: la croyance dans
l’habitation verticale à forteconcentration, qui au lieu de résoudre les problèmes
io a a a de sclérose urbaine n’a fait que les accroître au point de parvenir d’ici peu à
.
l'asphyxie
a
Q O Q Q '
En effet lorsque dès 1930, certains architectes et urbanistes furent con-
vaincus que les villes horizontales à deux dimensions ne fonctionnaient plus et
nefonctionneraient plus longtemps malgré les grandes percées dans les anciens
tissus piétonniers (Haussmann) et la réduction des distances par l’automobile
le UAKUM/JU, . A OJLCUàS. (pcdoaélblmelecotcidvreiasttiles’iamrteipolernévvafiunsntioednsetedl’eedsulp’èrvirteédhuiincudXluVesIItIireniedslélièepc)e,len,idlsla’unptt,irloispparoetsimoènrieèrndeteidlnaacntorsnosisuéinqèeumeeenucdepimhpoearniel--
UUtüiOAM | U1 usinonexdeamnsplelasvoiullse.leLs’ayrecuhxit,elcetsurgeravnedrtsicbauleildéitnagitsndé’ae.ffaEirlelesadveasitUm.Sa.lAh.eu(rdeeus1e8m80enàt
nos jours) de Chicago à New York, exemple né du cas très particulier d'une
.
rencontre ponctuelle de l'économie et de la géographie Exemple non généra-
( toi lisable mais dont la manifestation visuelle glorieuse dépassa la notion de réalité.
jeUioWM ‘ La force de «l’image», de l’exemple vécu d.e loin joua sur les esprits de telle,
sortequ’ellefitsautertouteprotectioncritique Legestedel’architectureverticale
son symbolisme orgueilleux, son esprit de record, balayèrent toute tentative de
réflexionetimplantèrentfacilementuncourantidéologique suffisamment puissant
pourparvenir àl’éclatement dutissu.Lesvilles horizontales étouffent par disten-
sion de leur structure hors des limitesconvenables,les villes verticales périssent
.
par désintégration de la trame urbaine
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Le croquis fameux de Le Corbusier comparant au bénéfice de la tour,
l’emprise. au sol de l'immeuble vertical et celle de l'agglomération pavillonnaire
est faux
0 0 0 0 0 .
La concentration verticale n'apporte aucune diminution du terrain investi
O O a 0 O lC'eemlupi-rcisieesettsneounledmeelantsuinrvfaecsetiddeiflf’éermemprmisee.nt.LaIltoyura,lm'imodmifeicuabtlieonvedreticlaalnréactularmeednet
! à leur base, un prolongement dévorant d’équipement qui occupe tout l'espace
i 0 0 0 0 0 préalablementlibéré.Laconcentrationverticale del'habitationexige en effet une '
zonetampon,unterritoired'expansionproportionnelàl'inte.nsitéde cetteconcen- i
t o i n o tration(parquage etdégagement des véhicules notamment) Onassiste désarmé à »!
l'accroissement incontrôlé de l'espace de circulation communautaire (no m.an’s ii
0 0 0 0 0 land,non utilisable) qui dévore de l'intérieur les espaces d'habitation (utiles) La
répartition territoriale change, le sol n'est plus utilisé pour la fonction de base:
D O O D 0 hcaanbaitelisré-v.ivLreesmliaeiusxpodu’hralabirtéaptioonnses'àélouingnceonntcelepstisusnusddeeslaacuotnretrsa,iniltse:secirrceuploeur,ssêetrnet
.
comme desparticulesélectriquesdemêmenature L'espace intersticielrompt les
contactshumains.En fait,lesurbanistes modernes regroupés autour de la charte
d’Athènesonthisséaurangdefonctionpremièrelefaitdecirculer quin'était que
laconséquencedirected'unealiénationurbaine delafonctiond'habiter;cefaisant
iêlstreonctondséidtréuriétslacovmilmlee. Cleessfadecutexurtserméqeusivhalaebnittser,d’cuinrceulmerêmn'eauérqauieantitonja.mLaaisprdéû-
.
séancehiérarchiquede «l’habiter» doitdemeurer Cette précision de vocabulaire
montre combien l'architecture verticale issue,comme dans la Rome de la fin de I
l'empire d'un ensemble de circonstances économiques et démographiques qui
font pression sur la constitution urbaine des métropolis, ne représente pas une
nouvellestructuredeprisedepossessiondel'espace,maissimplementunremède
occasionnel,unethérapeutique provisoire appliquée en urgence sur une structure
horizontale malade. Notre constatation quotidienne de l’état de crise des villes,
qui est si apparent, si vécu, que nous nous g.arderons bien d’épiloguer à son
sujet,nousmène donc à la proposition suivante
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Une guérison de la cause profonde de la maladie urbaine ne peut être
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